Ce qui arrive quand on vit à l’étranger

Hafengeburtstag HamburgLa première fois

C’est avec énormément d’enthousiasme mêlé à une once d’appréhension que je me suis préparée à aller vivre à l’étranger de mon plein gré pour la première fois. C’était il y a six ans. Très enthousiaste, je me réjouissais: faire l’expérience de la vie à l’étranger, côtoyer des gens originaires des quatre coins du monde, parler une autre langue tous les jours, vivre une culture différente, ouvrir son esprit à une manière de penser alternative, découvrir un autre système, tout ça, tout ça… Vous savez bien tout ce qu’on raconte sur les poncifs sur les bénéfices d’une expérience à l’étranger. Et en plus, ça ferait bien sur le CV. J’allais faire un échange Erasmus à Madrid. Autour de moi, tout le monde avait vu le film (récent à l’époque) de Cédric Klapisch « l’auberge espagnole » et je ne pouvais parler de mon projet sans que l’on s’exclame de manière récurrente « Ah oui, Erasmus à Madrid, comme dans l’auberge espagnole ! » Déjà, regardez de nouveau le film, c’est à Barcelone qu’il s’en va Romain Duris et pas à Madrid. Et non, ce n’est pas la même chose, ce sont deux villes différentes dans un même pays. Puis, on ajoutait systématiquement « tu vas beaucoup faire la fête alors ! ». Alors, là, stop ! Juste une mise au point que j’ai envie de faire depuis très longtemps: étudiant ne rime pas TOUJOURS avec grosse-soirée-étudiante-bien-alcoolisée-illustrée-sur-facebook (à la base un étudiant, c’est surtout quelqu’un qui étudie pour avoir un diplôme, non ?) Et un échange Erasmus ne se limite pas aux soirées Erasmus où on apprend à trinquer dans 37 langues différentes. Si c’est ce que vous pensez sans avoir vous-même participé à un échange, je tiens juste à préciser que c’est un GROS cliché. Une fois débarquée à la fac, il faut comprendre le fonctionnement du système universitaire espagnol, choisir ses cours, ce qui implique de déchiffrer avec succès l’emploi du temps qui s’étale sur 7 tableaux différents répartis sur tout le hall de la faculté. Enfin, une fois le choix fait, il n’y a plus qu’à aller suivre les cours dans une langue étrangère, comprendre et réussir les examens. Bon, quand on a cours tous les matins à 8h et que les voisins adeptes du flamenco décident de répéter la nuit jusqu’à 3h du matin, le rythme espagnol peut être fatigant mais il faut s’y habituer. En moyenne, notez bien, les espagnols dorment 1h30 de moins que les français. J’arrive donc à Madrid, tout est nouveau, les odeurs, le métro, les gens, leur façon de s’exprimer, de s’habiller, d’attendre le bus en file indienne bien disciplinée. J’ouvre grand mes yeux, je m’émerveille, je visite tout partout tout le temps. A la fac, dès que j’entends parler français, je m’incruste. Je rencontre beaucoup d’étudiants étrangers. Par le biais de mes colocataires péruviennes et équatoriennes je rencontre aussi beaucoup de latinos. Il faut profiter à fond, je ne suis là que pour quelques temps.

La deuxième et la troisième fois

A l’issu de cet échange, je suis repartie une deuxième fois vivre à l’étranger. Entrée en école de commerce depuis peu, l’expérience à l’internationale était un des critères obligatoires pour obtenir le diplôme. J’avais déjà donné dans l’échange universitaire et ça ne me tentait pas trop de remettre le couvert alors je suis partie en stage à Hambourg. Là encore, pour perfectionner mes compétences linguistiques, découvrir le monde du travail à l’étranger… Et puis, il paraît que ça fera bien sur le CV. Il paraît… Là, je suis tombée amoureuse de la ville, je suis tombée amoureuse tout court aussi. Je me disais cette fois aussi, profite, tu n’es pas là pour très longtemps mais ça me rendait triste. Un jour, je me suis réveillée après avoir rêvé en allemand, je me suis mise à faire ma liste de courses en allemand à oublier des mots dans ma langue maternelle. C’est classique parait-il quand on vit dans une autre langue. Je regardais plus de films allemands aussi (si, si, des bons films allemands ça existe et il n’y a pas que « Good bye Lenine »). J’ai adoré vivre à Hambourg, je ne voulais pas en repartir et c’est avec un énorme pincement au cœur que je suis rentrée finir mon master en France. Alors, je me suis dit que je n’étais pas obligée d’y être seulement de passage. Une fois mes études finies je suis donc retournée y vivre mais malheureusement je ne suis pas restée longtemps. Très tôt, une opportunité professionnelle à Vienne s’est présentée, c’était dans une entreprise où je rêvais de travailler…

La quatrième fois

Encore un déménagement ? Franchement, j’en avais assez. Découvrir encore une nouvelle ville, trouver de nouveaux repères, chercher un appartement, se faire de nouveaux amis, s’intégrer au travail… Mais dans le fond, je me suis dit que je parlais déjà allemand, que c’était une culture proche de la culture allemande, je rêvais d’avoir une expérience dans cette boite, et puis, qu’Hambourg n’allait va pas s’envoler, alors courage ! Je parle déjà allemand… mouais. A la suite d’un de mes premiers échanges en allemand avec une collègue autrichienne, elle s’est exclamé : « Ah mais, tu parles comme une allemande, c’est vraiment énervant ! » ce à quoi une collègue plus sympa ajoute « Oui, tu as un véritable accent nord-allemand, on croirait entendre parler quelqu’un de Hambourg ! » Et pour cause… Je ne me suis pas excusée, après tout je parlais quand même leur langue. Mais j’ai pris note : Autriche-Allemagne, pas toujours une histoire d’amour. Cette fois l’émerveillement et l’enthousiasme qui caractérisaient mes précédentes expériences à l’étranger m’avaient quitté. J’étais bien contente d’être là mais ce n’était plus aussi nouveau pour moi. J’ai cependant découvert et profité de la ville comme elle le mérite.

La cinquième fois

Vous l’aurez compris, vivre à l’étranger, j’adore ça mais ça peut être aussi fatigant. Et puis, je crois qu’on a tendance à surestimer les mérites des expériences à l’étranger. On nous fait croire que c’est indispensable à notre carrière ou à la construction de notre CV quand on est  encore étudiant mais j’ai bien ri jaune, quand, rentrée en France, en pleine recherche d’emploi, un recruteur m’a dit : « Attention, vous savez, vous êtes allée beaucoup à l’étranger, ce ne sera pas facile de trouver du travail en France ! » La blague. Ce qui m’ennuie le plus aujourd’hui, c’est que mon expérience m’amène à lui donner raison. Je vis et travaille de nouveau à Hambourg depuis le début de l’année. Est-ce le destin ? J’ai dit être tombée amoureuse de cette ville. Son entêtement à bouder le soleil cette année met mes sentiments à rude épreuve mais pour l’instant je tiens bon. Je fais ce simple constat : l’international c’est bien, si on veut continuer dans l’international. C’est un choix.

Du choc culturel…

Je sais, l’expression peut sembler forte quand on vit en Allemagne, à seulement 1000 km de sa ville d’origine. Une de mes amies a vécu en Inde et le terme « choc » semble effectivement plus adapté à certaines de ses expériences qu’à ce que je vis ici, alors précisons : je vous laisse choisir entre « l’étonnement culturel » ou « La difficulté d’adapter deux cultures». Je reste ouverte à d’autres suggestions. Parlons maintenant de convivialité. Quand un groupe de mes connaissances ici a envie de « faire un truc sympa tous ensemble » il faut qu’on s’y prenne un mois à l’avance. Un sondage doodle circule pour convenir d’une date et plusieurs emails pour décider du lieu, du menu et de la nature des activités annexes (jeux, promenade,…) sont envoyés… Non, mais sérieusement ?! Et oui, le problème c’est qu’ils sont très sérieux. On ne rigole pas en matière d’organisation ici. Au final, c’est toujours « convivial » mais ce manque de spontanéité me dérange. Avec mes amis moins organisés, on sort sans s’accorder un mois à l’avance mais je n’arrive pas à comprendre le concept du « Vorbessofenzeit». Je ne pense pas que ce mot allemand existe mais c’est comme ça que j’appelle le phénomène de réunion de groupe chez quelqu’un où on boit jusqu’au moment où on va se sentir assez désinhibé pour oser aller se montrer en public dans un bar ou une boite. Quand certains ont une bonne descente mais aussi une bonne résistance il est rare que ce moment arrive avant minuit. Et moi, comme je n’ai pas besoin de boire pour sortir (je ne prône pas l’abstinence non plus), je trouve toujours le temps long avant le début de la soirée (si je ne me suis pas endormie sur le canapé). En en parlant à une collègue allemande, je lui ai fait part de mon étonnement/agacement et je lui ai dit qu’en France, on sortirait directement boire un coup avant de prolonger la soirée ailleurs. Ce à quoi elle m’a répondu que c’était malheureusement typiquement allemand, qu’ils n’aimaient pas dépenser volontiers de l’argent et c’est, selon elle, pour cette raison que cette pratique est ici très répandue. Dommage.

… et de la richesse interculturelle

Ceci dit, il y a beaucoup davantage à vivre à l’étranger. Aujourd’hui, mon fil d’actualité facebook est en 10 langues différentes, j’ai pris l’habitude de fixer plus de rendez-vous skype que je n’appelle avec mon téléphone portable. J’ai des points de chute partout dans le monde et j’ai la chance de bénéficier de guides particuliers lors de mes voyages. Je parle et pense dans plusieurs langues. Si je tombe sur un reportage ou un article sur l’Allemagne, l’Autriche ou l’Espagne, je le lis avec grand intérêt et j’ai toujours une pensée pour mes amis là-bas. J’ai encore en tête les plans de métro viennois et madrilènes. Et pourtant, c’est en français que je m’informe. Je lis la presse française, regarde la TV française sur internet. Bien que les élections allemandes approchent, je m’intéresse bien plus à ce qui passe en politique française qu’à ce qu’il se passe ici. Si je tiens un journal, c’est en français que je l’écris, tout comme ce blog.

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