Wortwalz

Et si je lisais en allemand aujourd’hui? En errant entre les rayons de la bibliothèque de mon quartier, mon regard est attiré par une autobiographie : Wortwalz, de Jessica Schober. De quoi s’agit-il? D’une jeune journaliste qui décide de voyager à travers l’Allemagne en proposant ses services de journaliste auprès des rédactions locales en échange du gîte, du couvert et d’un honoraire local. Son idée, Jessica Schober la doit à la longue tradition de la valse des artisans, qui, une fois leur apprentissage terminé voyagent à travers la République pour proposer leurs services d’atelier en atelier. Cette valse obéit à des règles strictes et à un code de l’honneur. Intriguée, Jessica Schober s’interroge : le journalisme local est-il une forme d’artisanat ? La jeune journaliste souhaite renouer avec ce qui fait pour elle l’essence du journalisme local : les rencontres avec les gens et la pratique du terrain. Elle désire en apprendre davantage sur le mode de fonctionnement des rédactions locales, les outils qu’elles utilisent et comment cette la presse locale, à l’heure où nombreux sont ceux qui prédisent la fin de la presse papier, peut encore survivre. Jessica Schober pense que même si le journalisme peut s’enseigner dans des écoles, il s’apprend surtout sur le terrain. Les compagnons se mettent en route pour découvrir de nouvelles pratiques de leur métier. Elle souhaite faire de même.

Qu’est-ce que la « Walz »? Travailler pour voyager – Voyager pour travailler

La « Walz », c’est le nom qu’on donne au temps de formation en itinérance des artisans. Il s’agit d’une tradition qui remonte au 12e siècle. Les apprentis compagnons se mettent en route pour, au minimum, 3 ans et 1 jour dès la fin de leur apprentissage afin de mettre en pratique ce qu’ils ont appris auprès de différents maîtres et pour apprendre de nouvelles techniques ou de nouvelles recettes. Ils ne dépensent pas d’argent pour leurs déplacements, n’utilisent pas de moyen de transport à moteur, n’emportent pas de téléphone portable, ni d’ordinateur. Il faut donc marcher ou faire du stop. Pendant 3 ans et 1 jour, il leur est interdit de s’approcher à moins de 50 km de leur lieu de résidence.
À ces règles, s’ajoutent les conditions suivantes:
– ne pas avoir de dettes
– ne pas avoir d’attaches ni d’obligation familiale (mariage ou enfant)
– avoir moins de 30 ans
– ne pas avoir été condamné
– avoir une lettre de compagnon officielle
Aujourd’hui, on reconnaît les artisans itinérants à leurs costumes composés d’un chapeau noir, d’un gilet à boutons de nacre sur chemise blanche, d’un pantalon et d’une veste de velours noir.

Ce roman autobiographique est rédigé comme un carnet de voyage, enrichi d’anecdotes personnelles. Je recommande la lecture de Wortwalz qui vous donnera l’occasion d’en apprendre plus sur une tradition aujourd’hui encore très vivante en Allemagne tout en vous faisant voyager à travers le pays. L’auteure nous livre ses réflexions et ses sentiments personnels : son excitation précédant le départ lorsqu’elle découvre avec fascination cette tradition et commence à préparer son voyage, les doutes qui l’animent quant à sa légitimité pour se réapproprier cette tradition alors que des puristes de la valse la lui contestent, le sentiment de liberté incroyable que l’on ressent sur la route quand on décide de se laisser porter par le hasard des rencontres, mais aussi cette lassitude de bouger tout le temps qui la gagne vers la fin de son voyage, et enfin la nécessité de rentrer pour régler des formalités administratives et pour prendre enfin le temps de se poser… pour mieux repartir. C’est une histoire personnelle qui rejoint au final parfaitement le mythe mélanésien de l’Ile de Vanuatu :

« Tout homme est tiraillé entre deux besoins. Le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre, c’est-à-dire de l’enracinement, de l’identité. Les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue. »

Pour en savoir plus sur Wortwalz

Image | Cet article, publié dans Littérature, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s